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septembre 28, 2017

Brûlés par Phénix

Affiché le 27 septembre 2017 dans RankAndFile

Par Crystal Warner, vice-présidente exécutive nationale du SEIC

Voilà la situation dans laquelle se trouvent environ la moitié des fonctionnaires fédéraux. Ces travailleuses et travailleurs ne reçoivent pas le montant exacte de leur rémunération ou n’en reçoivent aucune depuis le déploiement du système de paye Phénix, qui a certes été adopté par le gouvernement conservateur Harper mais a été mis en œuvre par le gouvernement libéral Trudeau.

Vers la fin du mois dernier, le gouvernement fédéral a commencé à offrir des stimulants financiers afin de recruter et de maintenir en emploi des conseillères et conseillers en rémunération alors qu’il avait éliminé à peu près 700 emplois du personnel de la rémunération avant la transition vers le Phénix. Un protocole d’entente a été signé par l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) et le Conseil du Trésor pour offrir un vaste éventail de stimulants afin de recruter et de maintenir en emploi ces conseillères et conseillers en rémunération, y compris un paiement forfaitaire de 4 000 $ et une rémunération des heures supplémentaires au taux double. Des lettres ont été envoyées à d’anciens agent-e-s de rémunération pour leur demander de reprendre du service afin d’aider à régler les problèmes. Une de ces lettres est parvenue à un retraité de 96 ans, ce qui témoigne d’un désespoir extrême.

Dernièrement, la population du Canada a appris qu’IBM Canada avait été la seule entreprise à soumissionner pour décrocher le marché à l’égard du système de paye du secteur public fédéral, ce qui porte à s’interroger encore davantage sur la mauvaise administration par Services publics et Approvisionnement Canada. Depuis que le marché a été conclu, les contribuables doivent payer le prix de la réparation du système de paye défectueux, qui a déjà atteint plus de 750 millions de dollars. La ministre responsable du Phénix, Judy Foote, a pris un congé pour obligations familiales en avril 2016 et a démissionné en août. Elle a été remplacée par Cara Qualtrough.

Le 21 septembre, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a présenté son rapport annuel. Ce rapport comprend des renseignements détaillés au sujet d’une enquête menée sur des craintes relatives à la protection de la vie privée inspirées par le Phénix. Selon ces renseignements, ce système a causé au moins 11 atteintes à la vie privée en divulguant des noms d’employé-e-s et de l’information sur leur rémunération.

L’AFPC, principal syndicat du secteur public fédéral, a incité le Conseil du Trésor à dédommager ses membres en leur remboursant les pénalités, intérêts et autres frais engagés en raison d’erreurs de paye. De plus, l’AFPC demande de leur rembourser les intérêts accrus en raison des retards de la paye et les honoraires de fiscalistes engagés pour régler les problèmes importants liés à l’impôt.

Des Éléments de l’AFPC, y compris le nôtre – le Syndicat de l’Emploi et de l’Immigration du Canada (SEIC) – ont mené des campagnes de sensibilisation et d’humiliation afin de faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu’il répare le Phénix.

Dans l’ensemble du pays, des fonctionnaires fédéraux protestent contre ce système de paye. Les représentant-e-s syndicaux et les dirigeant-e-s syndicaux élus s’efforcent de faire avancer les causes. En décembre 2016, les syndicats représentant les fonctionnaires fédéraux ont consenti à suspendre les actions en justice en échange contre une ordonnance par consentement promettant de plus amples renseignements au sujet des problèmes que continuait à poser le système de paye et plus de consultation sur les mesures à prendre pour régler les problèmes de paye des employé‑e-s. Un comité de consultation patronale-syndicale a été créé pour que le gouvernement et les syndicats puissent collaborer au règlement des problèmes. Il a été ordonné au gouvernement d’améliorer l’accès afin d’aider les personnes en congé d’invalidité et de maternité et en congé parental. De plus, l’ordonnance sur consentement exige que le gouvernement maintienne les niveaux de dotation en personnel nécessaires pour réparer le Phénix.

De nombreux fonctionnaires fédéraux tiennent énormément aux services qu’ils fournissent aux Canadien-ne-s et aux futurs Canadien-ne-s. Bien qu’ils se sentent trahis parce que leur employeur ne les rémunère pas à temps ou avec exactitude, bon nombre d’entre eux craignent de prendre des mesures directes qui risqueraient de perturber leur rémunération normale puisque cela mettrait des familles vivant d’un chèque de paye à l’autre dans une situation précaire en raison du Phénix.

Les fonctionnaires fédéraux ont créé un groupe Facebook qui comprend près de 4 000 abonnés afin de s’entraider à régler leurs problèmes de paye et de se soutenir les uns les autres. Bon nombre d’entre eux ont exprimé de la frustration à l’égard des syndicats qui les représentent et leur ont demandé ce qu’ils pouvaient faire de plus.

Il est indéniable que cela a donné lieu à une crise de la santé mentale dans le secteur public fédéral. Les nouvelles mères ne peuvent pas se consacrer pleinement à leurs nouveau-nés parce qu’elles ont une peur folle de ne pas être rémunérées ou de perdre leur assurance-maladie complémentaire à cause du Phénix. Certaines personnes en congé d’invalidité de longue durée ne reçoivent pas de prestations parce que le Phénix n’a pas publié le relevé d’emploi dont l’assureur a besoin. En Colombie-Britannique, seule province où le régime d’assurance-maladie perçoit des frais distincts pour les services de santé, certaines personnes voient leurs factures de frais mises en recouvrement et leur accès aux soins de santé compromis en même temps que leur cote de crédit.

Nos syndicats comprennent l’ampleur du désastre et s’efforcent d’aider les membres à toucher le montant de rémunération approprié et à le recevoir à temps. Les syndicats luttent pour rétablir le nombre de conseillères et conseillers en rémunération qui est nécessaire pour que les employé-e-s puissent consulter des experts en la matière plutôt que d’appeler des agent-e-s de centre d’appels n’ayant pas reçu la formation qu’il faut pour les aider. Le gouvernement fédéral soutient qu’il n’est pas possible de trouver un autre système de paye ou de rétablir l’ancien. Cela ne nous laisse pas d’autre option que de faire pression sur lui pour qu’il affecte toutes les ressources nécessaires à la réparation du Phénix et à la rémunération appropriée de ses employé-e-s en temps opportun.

Les hommes et femmes politiques prêtent toujours attention à ce qui risque d’influencer leur élection. Puisqu’il est peu probable que le Phénix soit arrangé avant les prochaines élections fédérales, les libéraux risquent de se retrouver dans une situation précaire dans la région de la capitale nationale et dans toute autre circonscription libérale où les fonctionnaires fédéraux comptent pour une grande proportion de la population active.

Au cours d’une réunion nationale patronale-syndicale tenue la semaine dernière, un cadre supérieur a conseillé à notre syndicat de ne pas encourager ses membres à mener plus loin les causes telles que le non-paiement de la rémunération d’intérim afin que des situations plus graves puissent être rectifiées. À quel point avons-nous le dos large? Pourquoi le gouvernement fédéral croit-il qu’il peut établir une nouvelle norme à l’égard d’un principe aussi fondamental que celui de recevoir une rémunération contre notre travail? On dirait que nous devenons collectivement complaisants alors que la situation nécessite tout sauf de la complaisance.

L’AFPC et d’autres syndicats continuent à faire pression sur le gouvernement pour qu’il arrange le Phénix. Mais nous semblons nous éloigner de plus en plus de ce qui devrait être une simple reconnaissance et exigence de respect du principe de base selon lequel les travailleurs et les travailleuses devraient toucher une rémunération appropriée à l’égard de leur travail et devraient la recevoir à temps. Loin de demander une rémunération équitable, pouvons-nous au moins demander un chèque de paye en règle?

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